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Le rôle de la communication parent-enfant dans la prévention de la délinquance

Les spécialistes qui étudient les causes de la délinquance ont souvent ciblé un élément qui serait à l’origine du laissé aller de certains enfants qui deviennent délinquants vers la préadolescence ou à l’adolescence : la mauvaise communication parent-enfant. La délinquance a un lien avec un contexte psychosocial particulier comme : l’influence des pairs ou groupe d’amis, la marginalisation scolaire, la perception du racisme, la relégation sociale (pauvreté des parents, exclusion ou mauvaise intégration sociale des parents et de l’enfant, etc.) et la relégation spatiale (vivre dans des quartiers défavorisés par exemple).

Beaucoup de parents aux prises avec leurs adolescents récalcitrants ne comprennent pas bien ce qui leur arrive. C’est le cas d’Aicha T, qui est arrivée au Québec comme réfugiée avec ses trois enfants (trois garçons). Son époux a été tué dans son pays d’origine. Aicha est donc mère monoparentale de trois enfants dont l’ainé à 17 ans. À son arrivée au pays, il avait 7 ans. Mohamed était un enfant sans problème jusqu’au début de l’adolescence. Son désir de liberté a miné les rapports entre lui et sa mère. Il a commencé à ne plus respecter les consignes et à rester trainer avec des amis après les cours. Il renvoyait ses jeunes frères à la maison et restait avec ses amis pour vivre « La vraie vie» comme il le définissait lui-même. Après avoir demandé de l’aide au CLSC1 de son quartier et assisté à de nombreuses séances d’aide à la résolution de conflits organisées par un organisme communautaire de la place, Aicha ne sait plus à quel saint se vouer :

«C’est comme s’il était possédé par le démon. Je ne reconnais plus mon fils, j’ai tellement peur que mes autres garçons ne deviennent comme lui. Que dirait mon mari s’il était encore de ce monde ? Au CLSC on parle de communication. Comment voulez-vous communiquer avec quelqu’un qui refuse de vous écouter ? J’ai parlé à mon fils et je continue de lui parler en espérant qu’un jour ces mots que je prononce finissent par entrer dans sa tête. Chaque fois que je lui parle, il me dit toujours la même chose : Tu ne comprends rien ! Qu’est ce que je ne comprends pas ? J’aimerais bien qu’il me le dise».

Monsieur Kongolo lui, est arrivé au pays avec ses quatre enfants, deux filles et deux garçons. Son ainé âgé lui aussi de 17 ans cause bien des soucis à sa famille. Il a hâte d’avoir 18 ans et de partir de la maison. Depuis que ses parents lui ont permis de travailler à temps partiel, tout a changé dans l’attitude d’Ibeka. Il n’écoute plus les consignes et tient tête à son père. Il lui reproche de ne pas avoir d’attache professionnelle solide. Monsieur Kongolo qui est pourtant universitaire n’a pas comme tant d’autres immigrants réussi à s’insérer professionnellement dans son domaine. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il a accepté de travailler comme ouvrier dans une usine de fabrication de meubles. Lorsque Ibeka avait 15 ans, alors que son père lui demandait d’où il venait à une heure tardive, il le regarda droit dans les yeux et sans mot dire se dirigea vers sa chambre. Pour monsieur Kongolo c’était un acte de mépris de la part de son fils. Aucun jeune Africain n’aurait agit de la sorte. C’était plus que ce que monsieur Kongolo ne pouvait tolérer. Il alla retrouver son fils dans la chambre pour lui demander de s’excuser. Ce que ce dernier refusa de faire. Il s’en suivit une altercation et les voisins appelèrent la police. Monsieur Kongolo fut incarcéré et accusé de voie de fait. Ibeka fut placé pendant six mois et ses parents ont dû affronter les services sociaux et endurer bien des humiliations avant qu’on leur rende leur enfant.

En général, on distingue deux types de délinquance :

*Le type de délinquance généralement repérée dès la petite enfance et qui est fondamentalement lié à un dysfonctionnement familial pathologique (Patterson et alii, 1989 ; Loeber et LeBlanc, 1990). Ce premier type est très minoritaire.

*Le deuxième type plus rependu est celui qui se signale à la préadolescence ou à l’adolescence. Les jeunes concernés par ce type s’engagent rarement dans une carrière délinquante durable. «Ce type de parcours délinquant ne suppose aucun dysfonctionnement familial particulier, à l’exception de la difficulté d’exercice du contrôle familial» Laurent Mucchielli, chargé de recherche au CNRS, dans la revue Recherches et Prévisions no 63 2001.

Renforcement positif

La famille joue donc ou peut jouer un rôle central dans la prévention contre la délinquance. En plus de la mise en place des processus affectifs et éducatifs de base, la famille doit encadrer et contrôler l’évolution de l’enfant. Si une certaine petite délinquance est une expérience banale entre jeunes dans un contexte d’ennui, de désœuvrement et d’entrainement collectif, lorsqu’elle ne rencontre aucun obstacle, la délinquance commencée dans la préadolescence semble suivre un processus continu d’aggravation pas seulement quantitative, passant de menus larcins au vol à l’étalage et au vandalisme, puis au vol simple et aux désordres publics. «Quatre types de délits constituent un enracinement dans la carrière délinquante : le commerce de drogue, le vol d’un véhicule à moteur, le vol grave et l’attaque d’une personne» Laurent Mucchielli.

Comment s’en sortir ou quoi faire pour stopper la délinquance ?

Il convient de socialiser l’enfant. Cette socialisation passe aussi par l’école qui doit offrir aux jeunes un cadre d’investissement intellectuel et affectif adapté. Les jeunes en difficulté scolaire ou issus des quartiers défavorisés sont parfois une cible facile pour des enseignants qui n’arrivent pas à contrôler leurs classes. En les stigmatisant, ceux-ci en font des boucs émissaires aux yeux de l’ensemble. Cela peut être ressenti comme une humiliation et causer le désengagement des élèves ainsi stigmatisés. La vigilance parentale à ce niveau est de rigueur. Il faut que le parent assiste aux réunions du conseil de classe. Il faut rencontrer les éducateurs si besoin est. Il faut accepter de s’investir comme bénévole à l’école pour les sorties, dans les organismes de participation des parents etc. En gros, il faut se rendre visible ! Il faut qu’on vous connaisse ou qu’on vous reconnaisse dans le milieu. Participez à la vie sociale de votre quartier. Ceux qui encadrent vos enfants feront plus attention à eux.

Pour que l’enfant se socialise en dehors de l’école, il lui faut des activités encadrées de loisirs. Les activités des groupes de pairs prennent place dans les périodes de temps libre. Les parents peuvent donc influencer le choix des personnes qui côtoient leurs enfants dans ces moments là. En inscrivant les enfants aux activités sportives, on les occupe, on les amène à respecter des règles, à acquérir de la discipline et à développer l’esprit d’équipe. De plus, la pratique du sport contribue à leur donner de saines habitudes de vie. Si on rajoute à ces activités sportives d’autres activités en fonction des intérêts de chaque enfant (peinture, lecture, visites guidées, danse, jeux de rôles, réalisation de projet, etc), on le stimule émotionnellement de façon positive en lui donnant d’autres opportunités d’élargir son cercle d’amis.

Pour que l’enfant vous dise ce qui se passe à l’école ou ce qui le perturbe à telle ou telle étape de sa vie, il faut dialoguer avec lui. Il faut se rapprocher de lui et cela passe aussi par faire des activités parent-enfant. En parlant à votre enfant de vous et de votre parcours, il apprendra à vous connaitre et il vous parlera de lui en retour. Ce rapprochement affectif peut agir comme une «présence psychologique» qui empêcherait le passage à l’acte de l’enfant. Travis Hirschi, Causes of delinquency (1969).

Toutefois, cette seule «présence psychologique» n’est pas suffisante pour empêcher le passage à l’acte de l’enfant. En effet, des études plus récentes ont démontré que le facteur décisif dans la prévention de la délinquance était la supervision parentale, le contrôle actif. Stouthamer-Loeber, 1986 ; Farrington, 1986, 1994 ; Wells et Ranking, 1990. Il faut donc que le parent contrôle et sache ce que fait l’enfant à l’école et en dehors de l’école. C’est grâce à cette supervision que le parent pourra anticiper, détecter et surmonter les éventuels problèmes. Il faut que le parent établisse des règles et des sanctions efficaces et proportionnées en cas de transgression de ces règles. Il ne s’agit pas de faire comme le père d’Aissata qui en apprenant que sa fille de 14 ans avait volé dans un supermarché est entré dans une colère noire. Après l’avoir ficelée, il lui a assené de nombreux coups de ceinture sur le dos. Aissata, blessée et traumatisée a trouvé refuge dans un premier temps chez une amie. Ce sont les parents de cette dernière qui ont appelé la police vu la gravité et la cruauté de la sanction infligée à l’enfant. Pour M. LeBlanc (Fréchette et LeBlanc, 1987) «il ressort que le développement des activités délictueuses, entre la première et la deuxième moitié de l’adolescence, réside avant tout dans l’incapacité des parents d’utiliser des moyens didactiques appropriés ; la supervision est de plus en plus relâchée et les punitions sont de plus en plus courantes. Ces moyens didactiques inappropriés sont supportés par un désinvestissement des parents et des enfants dans la vie familiale et un attachement tenu entre parents et adolescents ; (…) En somme, si l’émergence de la conduite délinquante dépend de la faiblesse des moyens didactiques et des conditions difficiles de vie, son développement s’accompagne d’un désinvestissement de la famille et résulte d’une dynamique relationnelle déficiente»

Ecoute

Si certains enfants se sentent incompris par leurs parents, ces derniers eux aussi ont le même sentiment. Déjà, le seul fait d’être parent est très complexe. Comme parent, il faut être pourvoyeur et assurer le gite et le couvert à ses enfants. Il faut montrer la voie et transmettre la culture ancestrale et les valeurs du groupe de référence. Il faut être un modèle et un guide pour l’enfant. Être parent dans un contexte migratoire est plus compliqué car l’équation à résoudre se complexifie. Le parent doit en effet avoir à s’intégrer lui-même dans une nouvelle société en constante mutation avec une culture différente. Il a le devoir de s’adapter également aux pratiques éducatives de la société d’accueil. Dans certaines sociétés, les échanges transgenérationnels sont unidirectionnels. C’est donc la plupart du temps une communication descendante partant des ainés vers les jeunes. Partir de ce modèle pour arriver à considérer d’autres formes de communication comme l’ascendante (des jeunes vers les ainés) et latérale (entre pairs) ne coule pas de source. Dans beaucoup de cas, on assiste même à un retour du balancier où, la communication descendante part des enfants vers les parents. Dans ce cas, ce sont les enfants mieux intégrés socialement que les parents qui les guident à travers les méandres des mutations de la société d’accueil.

cadeau

Les conflits de générations sont aussi vieux que le monde. Les jeunes ont besoin de casser le moule afin de prendre enfin leur place dans le monde des adultes. Ils veulent être tendance, avoir leurs codes, leurs propres repères. Ils veulent plus de liberté mais pas trop car leurs besoins d’être guidé même s’il est non exprimé n’en est pas moins essentiel. Tout cela est acceptable et réalisable à condition que le parent ne capitule pas. Il est vrai qu’il est difficile de communiquer sans s’offusquer quand les codes de communication utilisés ne sont pas les mêmes et que les cultures de référence des appelant à communiquer ne sont pas tout à fait les mêmes. Eh oui, chers amis, les immigrants de la première génération ont tendance à vite oublier que leurs enfants sont culturellement métissés.

La tentation est grande. Il est plus facile de renoncer à jouer ce rôle ingrat de parent et de s’enfermer dans le mutisme. «A partir d’aujourd’hui je ne te dirai plus rien. On verra qui de toi ou de moi a accouché l’autre. Maintenant, tu peux mener la vie que tu veux. Quand j’en aurais marre, tu iras vivre avec tes amis, puisque ce sont eux qui t’ont amené du pays jusqu’ici». Ce sont là les paroles d’un père exténué d’un garçon de 19 ans, Malonda, décrocheur scolaire et en révolte contre la société. Dans ces paroles on voit l’impuissance du père. Toutefois, quel parent responsable laisserait son enfant s’enfoncer dans des sables mouvants sans essayer de l’en dissuader ? Parfois, même avec de la bonne volonté, on n’arrive pas à obtenir les résultats escomptés. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à aller chercher de l’aide. Cette aide peut être professionnelle, celle d’un médiateur ou un conseil de famille.

Être parent c’est comme faire de l’alpinisme. Il faut y aller un pas à la fois. La pente est parfois abrupte, mais quel bonheur lorsqu’on atteint le sommet.

1 CLSC : Centre local de services communautaires.
Les centres locaux de services communautaires ont pour mission d’offrir, en première ligne, à la population du territoire qu’ils desservent, des services de santé et des services sociaux courants, de nature préventive ou curative, de réadaptation ou de réinsertion.

3 commentaires »

  • Samuel dit :

    Beau et délicat sujet que vous abordez-là Gisèle :-/ . Je suis moi-même aux prises avec trois adolescents nés en Afrique. Nous vivons dans le midi de la France ! Cet article est fourni, identifie quelques problèmes et donne quelques clés, surtout pour les familles qui doivent en plus composer avec le choc des cultures comme la mienne ! J’ai cru comprendre que vous vivez au Canada ? J’espère alors vous voir développer un plus sur les défis spécifiques aux immigrants face à ce thème. Félicitations et merci (Y)

  • gisele (author) dit :

    Merci Samuel pour ton commentaire.

    En écrivant cet article, je voulais faire réfléchir et donner quelques pistes. Il va de soi que le sujet est vaste. Toutefois, en bâtissant dès le jeune âge une relation de confiance avec notre enfant et en adaptant les méthodes éducatives (pas de châtiment corporel, parler de tout avec notre enfant, ne pas imposer notre façon de penser mais laisser la place à l’échange, guider et non essayer de dresser l’enfant, responsabiliser et non tout interdire à l’enfant…), l’adolescence bien qu’étant une période de turbulence dans la vie se passe sans trop de heurt.

    Nous pourrons échanger sur nos pistes et expériences dans le forum.

    Au fait, j’ai eu ma licence en communication à l’université de Nice Sophia Antipolis.

    Merci encore et à la prochaine.

  • hasna dit :

    Merci pour cet artile,je viens de le lire.
    Bravo!
    Hasna Talbi
    Homéopathe & Coach de vie PNL
    Membre SPHQ,CPMDQ,SICPNL
    3276 Bélanger,Montréal,QC
    (514)941-1751
    (514)593-1995
    talbi.m@sympatico.ca

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